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Ouverture 1812 de Piotr Ilitch Tchaïkovsky

En 1880 Nicholas Rubinstein commissionna Tchaïkovsky d'écrire un morceau patriotique et grandiose pour d'une part l'exposition des arts et de l'industrie de Moscou, et d'autre part la consécration de la cathédrale du Sauveur de Moscou (construite pour commémorer la libération russe de l'invasion Napoléonienne). Il existait déjà une ébauche concernant l'utilisation simultanée d'une fanfare, de cloches, d'un canon et d'un orchestre symphonique. Ces plans semblaient indiquer une exécution à l'air libre devant le Kremlin avec le canon déclenché électriquement depuis le pupitre du chef d'orchestre, pendant que les cloches de la nouvelle cathédrale accompagnées des centaines des tours et clochers du Kremlin ajouteraient leur clameur au tumulte grandiose.

Le contenu expressif musical de l'ouverture de Tchaïkovsky suit autant que possible le caractère chanceux des russes pendant et après le décisif 7 septembre 1812, quand les armées de Russie et de France s'affrontaient amèrement à Borodino, avec les Russes fuyant Moscou et Napoléon prenant la ville. Ce jour marqua le départ de la longue et désastreuse retraite de Russie qui détruisit l'honneur de la Grande Armée.

L'humeur solennelle est posée au commencement par les 8 violoncelles entonnant l'hymne Dieu Protège Tes Enfants. Suit le corps de l'ouverture dans lequel l'évolution thématique d'un combat féroce est obtenue par l'opposition de fragments de la Marseillaise et de chansons populaires russes. Les interludes lyriques sont fondés pour la plupart sur un matériau populaire russe. La coda est introduit par un puissant crescendo de la Marseillaise dont la dernière mesure est confrontée à l'explosion grandiose de la fanfare et des percussions appuyées par les détonations du canon. Une longue cadenza pour l'ensemble des cordes descend la voie vers un ton nouveau dans lequel tout l'orchestre, la fanfare, les carillonnements des cloches d'églises portent en triomphe solennel Dieu Protège Tes Enfants. Puis vient le pas cadencé russe en contrepoint à Dieu Protège le Tsar accentué rythmiquement par les tirs du canon.

La Victoire de Wellington de Ludwig Van Beethoven

Le 12 juin 1813 dans les environs de la cité basque de Vitoria, Sir Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, battait à plates coutures l'armée française commandée par le Roi Joseph Bonaparte et le Maréchal Jourdan. Cela réjouit tous les anti-Napoléoniens d'Europe et particulièrement à 1600 km de là: à Vienne où 2 talentueux hommes s'apprêtaient à célébrer cet évènement d'une façon inhabituelle. Ceux là étaient Ludwig Van Beethoven et un ami à lui, un homme d'une rare mais inquiétante habilité: Johann Nepomuk Maelzel.

Johann Nepomuk Maelzel était un inventeur. Il a créé un clairon mécanique pouvant jouer des marches de cavaleries, un cornet acoustique qui l'a rendu cher à Beethoven, et finalement un orchestre mécanique géant actionné à l'air sous pression composé de flûtes, trompettes, percussions, cymbales, triangles, violons, violoncelles et clarinettes. Beethoven qui devait 50 ducats à Maelzel accepta promptement d'écrire un morceau pour le monstre de métal. Qui le premier eu l'idée de La Victoire de Wellington, nul ne sait. De toutes façons Beethoven a écrit la musique en accord avec les capacités de la machine. La créature devait être remontée pour la "Symphonie de la Bataille", Maelzel suggéra donc à Beethoven d'adapter la partition pour un orchestre afin de gagner de l'argent. Il le fit et ils gagnèrent une somme rondelette. Il le refit et gagnèrent encore plus. Mais Maelzel prétendait à la possession de la partition considérant qu'il avait payé pour elle. Cela mit Beethoven en fureur (ce qui n'était pas très difficile), et il donna des concerts pour son seul bénéfice. Maelzel partit à Londres avec une copie et y donna aussi des concerts à son compte. Ils ne se réconcilièrent jamais.

Dans la version de Beethoven, les armées belligérantes s'introduisent et présentent leur pièce d'identité musicale avant de s'engager dans la bataille. Premièrement nous entendons le camp anglais: timidement comme sorti de nulle part, un tambour bat au loin; d'autres tambours se joignent à lui et la marche augmente en pouvoir et en intensité jusqu'à ce qu'un grondement de tonnerre remplisse les airs, puis au-dessus du roulement de tambours les trompettes lancent un cri de bataille; les Anglais coiffent cette fanfare éclatante avec une entraînante éxécution de Rule Britania. De leur coté les Français répliquent avec leur propre fanfare et l'hymne guerrier Malbrouque s'en va-t-en guerre. Suivant ces préliminaires les Français défient les Anglais de se battre, dans un vibrant appel des trompettes. Ils acceptent répliquant à l'appel avec leurs plus hautes trompettes. La bataille commence. Maintenant l'orchestre principal prend le dessus. Dans la bataille les trompettes françaises et anglaises peuvent être entendues de leur coté respectif, ralliant les troupes. Les canons et les mousquets ponctuent l'évolution de la bataille. Après un moment, seuls les canons anglais résonnent. Les Anglais ont pris le dessus, l'armée de Bonaparte agonise dans une pathétique version en ton mineur de Malbrouque s'en va-t-en guerre. Le final, avec une vigoureuse exécution de God Save The King porte cette "pièce d'occasion" à une formidable conclusion.

Symphonie Héroïque de Ludwig Van Beethoven

Oeuvre grandiose, surélevée au-dessus de terre, traversée d'un souffle frémissant d'épopée. Oeuvre forte, appel aux vertus les plus hautes. Exaltation du courage et du sacrifice. C'était bien immortaliser ce qu'il avait de plus digne d'admiration dans les guerres ensanglantant, depuis 1793, une Europe déchirée et meurtrie. Dédiée à Bonaparte, héros de la liberté, la Troisième symphonie était un chant d'espoir. Après les actes d'oppression et de tyrannie, après les conquêtes et les injustices de l'Empereur des Français, Beethoven effaça la dédicace, l'espoir ayant été déçu... Ainsi Beethoven retira à l'Empereur ce qu'il avait dédié au Consul.